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Dans les Life Sciences, les professionnels qui détiennent les expertises clés et assurent la continuité des activités sont aussi parmi les plus sollicités. Le burn-out n’est plus seulement une question de bien-être. Il devient un véritable enjeu de compétences et de rétention, comme le montrent clairement les données.

Notre dernière étude révèle que plus d’un tiers des professionnels des Life Sciences envisagent de quitter leur entreprise. Parmi les principales raisons évoquées figurent l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, la flexibilité et la stabilité, bien avant l’IA, la technologie ou d’autres facteurs.

Pour les responsables RH, c’est un signal fort à prendre en compte.

Dans cette article :

 

Pourquoi la santé des équipes est un enjeu stratégique

Dans les Life Sciences, ce sont les talents qui font avancer le secteur.
Pourtant, beaucoup sont aujourd’hui à bout de souffle.

Dans notre Life Sciences Global HR Trends Report 2026, nous avons analysé l’état de santé des équipes. Résultat, 35 % des collaborateurs envisagent de quitter leur entreprise.

Interrogés dans 20 pays, ils citent en priorité :

  • un meilleur équilibre vie professionnelle / vie personnelle (41 %)
  • davantage de flexibilité (34 %)
  • plus de stabilité et de sécurité (33 %)
  • un manque de satisfaction vis-à-vis de la culture d’entreprise ou du management (26 %)

La question se pose alors clairement : le secteur fait-il suffisamment pour préserver ses talents les plus précieux ?
Que se passe-t-il lorsque ceux qui détiennent les expertises clés commencent à se désengager… ou à partir ?  


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La montée du burn-out représente désormais un risque direct pour les compétences et la rétention. La pression constante exercée sur des fonctions clés : R&D, activités cliniques, qualité ou affaires réglementaires. Cela peut entraîner des départs difficiles à remplacer, une baisse de performance et une perte de continuité sur des projets de long terme.  

Dans le même temps, les progrès scientifiques et la meilleure compréhension du fonctionnement du cerveau permettent de mesurer plus précisément l’impact de la santé mentale sur la performance et la résilience. L’essor de l’intelligence artificielle renforce encore la nécessité d’adaptation. Ensemble, ces évolutions soulignent l’importance stratégique d’investir de manière coordonnée dans la santé cognitive.  

Dans ce contexte, le bien-être des équipes ne peut plus reposer uniquement sur la responsabilité individuelle. Il doit être pleinement intégré au modèle opérationnel. Cela implique notamment d’anticiper la charge de travail autour des moments clés, de renforcer le rôle des managers, de détecter les signaux faibles en amont et de proposer des dispositifs de soutien visibles et accessibles.

 
 
Burn-out : de quoi parle-t-on et quels impacts dans les Life Sciences ? 

L’Organisation mondiale de la santé définit le burn-out comme un syndrome résultant d’un stress chronique au travail qui n’a pas été correctement géré. Il se caractérise par trois dimensions : 

  • un épuisement physique et émotionnel
  • une prise de distance vis-à-vis du travail, pouvant aller jusqu’au cynisme 
  • une diminution du sentiment d’efficacité professionnelle 

Point essentiel : le burn-out est reconnu comme un phénomène lié au travail. La responsabilité ne repose donc pas uniquement sur les individus, mais aussi sur l’organisation du travail et les dispositifs de soutien existants.

Dans les Life Sciences, les facteurs de risque sont directement liés au fonctionnement du secteur.
Les programmes de recherche s’étalent sur plusieurs années et exigent une concentration constante. Les fonctions cliniques combinent intensité émotionnelle et pression opérationnelle. Les cadres réglementaires laissent peu de place à l’erreur. À cela s’ajoutent des cycles de financement incertains et des résultats d’essais parfois décisifs.

Résultat : des charges de travail élevées et un équilibre de vie fragilisé, particulièrement dans les environnements biotech, pharmaceutiques et de santé.  

Le burn-out ne concerne pas un seul niveau de l’organisation. Dans certains systèmes de santé, un médecin sur trois présente des signes d'épuisements. Les jeunes talents sont également touchés : des études menées auprès d’étudiants en médecine montrent que certaines dimensions du burn-out, comme la dépersonnalisation ou la perte de sens, peuvent avoir des conséquences durables si elles ne sont pas prises en charge, même si des actions de prévention permettent d’en limiter les effets

Dans les Life Sciences, les erreurs ont des conséquences concrètes. Qualité des soins, intégrité des essais, conformité aux normes, exigences d’audit : la fatigue laisse peu de marge de manœuvre. Les cycles longs de R&D, les contraintes de financement et la pression des objectifs maintiennent un niveau de tension élevé dans la durée.  

Pour les équipes cliniques, ce stress prolongé est associé à une baisse de productivité, une diminution de la satisfaction au travail et à des impacts sur la qualité des soins.

Et pourtant, lorsque les budgets se resserrent, le bien-être des équipes passe souvent au second plan.
Dans un secteur fondé sur des expertises rares et la continuité des savoirs, c’est une erreur coûteuse.  

 

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Le coût (pas si) invisible d’une santé mentale fragilisée 

Le burn-out représenterait 438 milliards de dollars de perte de productivité chaque année dans le monde. 

En 2024, l’engagement des collaborateurs a reculé, passant de 23 % à 21 %.
Cette baisse de deux points, seulement la deuxième en douze ans, est loin d’être anodine : elle reflète une part croissante d’équipes qui fonctionnent en dessous de leur plein potentiel.  

Mais la baisse de productivité ne raconte qu’une partie de l’histoire. Il existe aussi un véritable levier de croissance encore sous-exploité. Selon le McKinsey Health Institute investir de manière proactive dans la santé des collaborateurs pourrait augmenter le PIB mondial jusqu’à 12 % et générer 11 700 milliards de dollars de valeur économique.  

À l’inverse, l’inaction a des conséquences directes. Lorsque le soutien fait défaut, que les situations perçues comme injustes se multiplient ou que la pression devient constante, le burn-out s’installe, puis s’accélère.  

Les effets se font sentir bien avant les départs :
l’implication diminue, la collaboration se fragilise, la satisfaction recule. Progressivement, ce désengagement transforme la dynamique collective et affaiblit les objectifs communs.  

Dans les Life Sciences, le turnover est rarement anodin, et son impact peut être majeur. Remplacer un profil spécialisé implique souvent de reconstruire une expertise réglementaire, de rétablir la continuité des essais et de recréer des liens de confiance entre équipes.

Des années d’expérience peuvent disparaître en quelques semaines.

Si le coût financier peut être estimé, la perte de dynamique et de confiance au sein des équipes reste, elle, beaucoup plus difficile à mesurer.

 
Comment prévenir le burn-out dans les Life Sciences 

La prise de conscience autour du bien-être au travail est déjà bien installée. 
Selon la 
Global Health Care Outlook Survey 2025 de Deloitte, 81 % des dirigeants des Life Sciences estiment que la santé physique et mentale des collaborateurs influence leur stratégie de manière modérée à significative.

Les intentions sont également là :
69 % des leaders prévoient d’investir dans la rétention et l’engagement, et 67 % considèrent les investissements liés à la santé et au bien-être comme prioritaires.

Les dirigeants ont donc compris l’enjeu.
Le défi consiste désormais à transformer cette prise de conscience en actions concrètes et durables.

 
Repenser les rôles pour intégrer stabilité, équilibre et flexibilité 

Lorsqu’ils évaluent une opportunité, les professionnels des Life Sciences accordent une importance particulière à la stabilité et à l’équilibre.
Selon notre étude  Life Sciences Global HR Trends 2026
:

  • 39 % citent la stabilité de l’emploi comme premier critère d’acceptation d’un poste
  • 35 % mentionnent l’équilibre vie professionnelle / vie personnelle
  • 28 % mettent en avant la flexibilité du travail (télétravail, horaires aménagés)

 

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Lorsqu’on leur demande quels avantages feraient réellement la différence, les réponses sont très concrètes :

  • des jours de congés supplémentaires (45 %)
  • une meilleure couverture santé (38 %)
  • des programmes de bien-être (31 %)
  • des dispositifs de soutien à la parentalité ou à la vie familiale (21 %)

Ces attentes s’inscrivent directement dans une logique de prévention du burn-out.
La stabilité réduit l’incertitude dans un secteur marqué par des cycles de financement et des exigences réglementaires fortes. L’équilibre protège l’énergie dans la durée. La flexibilité permet de mieux gérer des projets longs et une pression opérationnelle constante.

 

Concevoir les rôles en intégrant ces dimensions renforce à la fois l’attractivité et la fidélisation. Dans un marché où les expertises scientifiques et cliniques sont rares, ces choix influencent directement la perception des entreprises.

Lorsque les collaborateurs se sentent soutenus plutôt que sous pression, cela se voit rapidement : la marque employeur se construit… et se diffuse.

Le bien-être devient alors un véritable levier compétitif.

 
Le rôle des RH : quatre actions concrètes 

Prévenir le burn-out suppose d’agir de manière structurée, à la fois sur les pratiques managériales, la culture d’entreprise et les dispositifs de soutien.

1. Former les managers à détecter les signaux faibles

Les managers sont souvent les premiers à observer des changements de comportement ou de performance. Les former à identifier ces signaux permet d’ouvrir le dialogue avant que la situation ne se dégrade.  

Signaux à surveiller :

  • hausse des heures supplémentaires
  • absences courtes répétées
  • augmentation des erreurs
  • baisse d’engagement d’une équipe

Par où commencer : intégrer un point rapide sur la charge de travail lors des moments clés des projets et définir des seuils d’alerte pour rééquilibrer les priorités ou renforcer le soutien.


2. Proposer un accompagnement accessible et visible

Les collaborateurs n’ont ni les mêmes besoins ni les mêmes réflexes face au stress. Groupes de partage, référents santé mentale, coaching, accompagnement psychologique ou dispositifs confidentiels offrent plusieurs points d’entrée.

Offrir du choix favorise la visibilité… et l’utilisation des dispositifs.

Par où commencer : créer une cartographie simple des ressources disponibles, relayée dès l’onboarding et régulièrement dans les communications internes.

3. Adapter les politiques RH aux différentes étapes de vie

Parentalité, rôle d’aidant, ménopause, vieillissement ou autres transitions de vie ont un impact direct sur la disponibilité et la capacité de travail.

Des politiques adaptées permettent de maintenir la performance dans la durée.

Par où commencer :

  • analyser les demandes d’aménagement des 6 à 12 derniers mois
  • identifier les points de friction récurrents
  • clarifier les critères de flexibilité
  • tester les ajustements via un sondage ou un panel de collaborateurs


4. Développer la flexibilité psychologique des équipes

Les formations dédiées à la flexibilité psychologique renforcent la résistance au stress, réduisent l’épuisement et développent le sentiment d’accomplissement. Dans les environnements exigeants des Life Sciences, cette compétence favorise une performance durable plutôt qu’un effort ponctuel.

Par où commencer : tester une session pilote avec une équipe particulièrement sollicitée, puis instaurer un rituel hebdomadaire pour ajuster rapidement la charge de travail et les priorités.

 

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De la prise de conscience à l’action durable 

Travailler dans les Life Sciences exige discernement, concentration et engagement sur la durée. Lorsque la pression devient chronique, même les profils les plus expérimentés peuvent basculer en mode survie, avec des effets rapides sur la productivité et la rétention.

Les réponses les plus efficaces sont concrètes et régulières :
attentes claires, charge de travail maîtrisée, échanges managériaux anticipés et dispositifs de soutien accessibles.

La rétention s’améliore lorsque l’attention portée aux collaborateurs se traduit dans le quotidien et particulièrement dans les périodes les plus exigeantes.

Préserver les talents qui font avancer le secteur ne signifie pas réduire l’ambition.
Cela signifie mieux maîtriser la pression pour soutenir la performance dans la durée.




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