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L’intelligence artificielle transforme rapidement les Life Sciences, et la réussite dépendra de la capacité des organisations à développer les compétences nécessaires pour l’accompagner.

Les données montrent que les professionnels sont prêts à s’adapter, tandis que les dirigeants prennent pleinement conscience de l’ampleur des efforts de montée en compétences à engager. Pour les équipes RH, il s’agit d’un moment stratégique.

De l’identification des compétences à la refonte des modes de travail, en passant par l’intégration d’expertises flexibles et la gestion de la charge cognitive, l’adoption de l’IA implique une transformation réfléchie des organisations.

Les entreprises doivent appliquer la même rigueur que pour les changements réglementaires, tout en investissant de manière continue dans leurs collaborateurs, afin de construire des équipes confiantes, agiles et prêtes à avancer.

Dans cette article :


 
Nous sommes tous, à notre manière, en train de nous adapter à une nouvelle réalité numérique. L’adoption massive de l’intelligence artificielle entraîne une transformation qui impacte l’ensemble des fonctions de l’organisation. Dans les Life Sciences, elle transforme la manière dont les scientifiques analysent les données, dont les équipes réglementaires gèrent la documentation, dont les supply chains anticipent la demande, et dont les dirigeants prennent leurs décisions.

 

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La réponse des équipes face à l’IA est aujourd’hui davantage marquée par la curiosité que par la résistance. Selon le Life Sciences Global HR Trends Report 2026 de Gi Group Holding, 39 % des professionnels à travers 20 pays prévoient de monter en compétences et d’apprendre de nouveaux outils pour travailler avec les technologies d’IA. Par ailleurs, 30 % souhaitent utiliser l’IA pour améliorer leur productivité ou leur précision, et 25 % veulent se concentrer davantage sur des missions à forte valeur ajoutée, plus créatives ou stratégiques.

Dans le même temps, des hésitations subsistent. 15 % n’ont encore défini aucune stratégie. Certains envisagent de se réorienter vers des fonctions ou des secteurs moins exposés à l’automatisation, tandis que d’autres réfléchissent à un départ anticipé. Curiosité et incertitude coexistent.

Dans ce contexte, les RH ont un rôle clé à jouer. Elles doivent identifier les compétences nécessaires à l’organisation, co-construire des parcours de formation et des cas d’usage concrets avec les équipes IT et métiers, notamment pour les fonctions non techniques, et accompagner l’adoption de manière à préserver la concentration et l’énergie des collaborateurs.

Cela implique d’aider les équipes à choisir les bons outils, à développer les compétences pertinentes et à comprendre où l’automatisation vient soutenir le jugement humain.

L’adoption de l’IA relève autant de la conduite du changement que de la stratégie de talents.
Et elle place les RH au cœur des décisions sur l’évolution du travail.

 

Comment les dirigeants des Life Sciences perçoivent l’adoption de l’IA et les risques pour les équipes 

Pour de nombreuses organisations des Life Sciences, l’IA s’intègre déjà dans les processus clés. Pour d’autres, l’opportunité est claire et imminente

Selon le Deloitte’s 2025 Global Health Care Outlook, de nombreux processus administratifs sont encore gérés manuellement et pourraient être automatisés grâce à l’IA générative et à d’autres technologies digitales. Les demandes, la planification et la gestion documentaire impliquent souvent des saisies répétées et de multiples coordinations, mobilisant un temps précieux pour les équipes cliniques et administratives. 

Automatiser ces tâches permettrait de réduire les frictions entre les systèmes et de recentrer les compétences sur les activités à plus forte valeur ajoutée.

Dans cette même étude, la majorité des dirigeants indiquent que leurs organisations développent déjà des cas d’usage ou prévoient d’explorer l’IA générative dans les 12 prochains mois. Plus de 40 % constatent déjà un retour sur investissement significatif ou modéré, tandis que 37 % estiment qu’il est encore trop tôt pour en mesurer pleinement l’impact. L’adoption progresse, même si les résultats continuent d’être évalués. 

Cependant, les inquiétudes des dirigeants concernant les compétences en IA augmentent. Le rapport The Work We Want de la World Employment Confederation indique que 85 % des leaders des Life Sciences estiment que l’IA et les autres évolutions technologiques vont nécessiter de repenser les compétences et les ressources sur une large partie des effectifs. Par ailleurs, 72 % craignent que leur organisation ne soit pas en mesure de former les collaborateurs suffisamment rapidement pour suivre le rythme.

Cette transformation se reflète également du côté des collaborateurs. Dans l’étude de Gi Group Holding, 29 % des professionnels des Life Sciences estiment que l’automatisation et l’intégration de l’IA auront le plus fort impact sur leur carrière dans les trois prochaines années.

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Les différents jeux de données convergent vers un même constat : l’IA transforme les organisations, et son succès dépend autant des compétences humaines que des investissements technologiques.

 
Comment les RH peuvent construire une stratégie de talents adaptée à l’IA 

L’utilisation des outils d’intelligence artificielle s’impose rapidement comme une composante du travail quotidien. À mesure que les workflows évoluent, les attentes augmentent, tout comme la charge mentale qui pèse sur les collaborateurs.

Les recherches du McKinsey Health Institute soulignent que la transformation liée à l’IA doit s’accompagner d’un investissement ciblé dans les « compétences cognitives », telles que le jugement, la créativité, l’agilité d’apprentissage et la communication. Sans cet équilibre, les gains de productivité peuvent rapidement se transformer en surcharge. 

Pour les équipes RH, l’enjeu est de garantir une intégration de l’IA dans les modes de travail qui renforce les capacités humaines. Cela implique des choix réfléchis dans la manière de repenser le travail, de développer les compétences et de gérer la charge cognitive. Trois priorités se dégagent : 

 

1. Concevoir des modèles d’organisation centrés sur l’augmentation 

Plutôt que de partir de ce qui peut être automatisé, il s’agit d’abord de se concentrer sur la manière dont l’IA peut aider les collaborateurs à mieux accomplir leurs missions essentielles.

Concrètement, cela consiste à automatiser les tâches transactionnelles à faible valeur ajoutée, à renforcer les activités analytiques et scientifiques où le jugement humain reste clé, et à déployer des outils d’IA agentique pour améliorer la productivité à l’échelle des fonctions. Cela implique également d’expliquer clairement ce qui change et pourquoi. Lorsque les collaborateurs comprennent comment l’IA renforce leur contribution, l’adoption s’accélère.

Le partenariat de Moderna avec OpenAI illustre ce qu’il se passe lorsque l’IA est considérée comme une infrastructure. L’entreprise a déployé ChatGPT Enterprise au sein de ses équipes recherche, juridique, manufacturing et commerciales, intégrant l’IA directement dans ses processus clés. En développement clinique, un outil interne baptisé Dose ID a été conçu pour analyser des jeux de données complexes issus des essais.

Les organisations des Life Sciences évoluent dans des environnements hautement réglementés, où la précision et la responsabilité sont essentielles. Une approche centrée sur l’augmentation reflète cette réalité. La technologie doit renforcer le jugement professionnel et permettre aux experts de travailler avec davantage de rigueur et de concentration.


2. Adopter une stratégie de talents à plusieurs niveaux 

Le débat autour des talents en IA est souvent présenté comme un choix entre recruter des spécialistes, former les équipes internes ou externaliser. En réalité, une transformation durable repose généralement sur une combinaison des trois approches.

Les experts IA permettent d’accélérer l’innovation et de définir des standards. La montée en compétences des collaborateurs internes construit une capacité durable et renforce l’engagement. Enfin, les consultants externes et les profils spécialisés temporaires permettent d’accélérer le déploiement tout en transférant des compétences dans l’organisation.

Les modèles hybrides réduisent les risques tout en renforçant les capacités internes. La clé réside dans la coordination. Ces approches ne fonctionnent que si les RH disposent d’une visibilité claire sur la planification des compétences et les calendriers de mise en œuvre.


3. Cartographier les compétences avant de déployer la formation 

Les programmes de formation trop larges, visant à “former tout le monde”, démarrent souvent avec enthousiasme mais perdent rapidement en efficacité. Lorsque l’apprentissage manque de direction, les collaborateurs peuvent se sentir débordés et incertains.

Un diagnostic clair des compétences apporte de la structure. Où l’IA crée-t-elle une réelle valeur ajoutée ? Quels métiers nécessitent une expertise technique approfondie, et où l’IA vient-elle simplement renforcer les compétences existantes ?

Certaines fonctions nécessiteront des compétences techniques avancées, d’autres une maîtrise plus opérationnelle. Une bonne compréhension de la situation actuelle et des objectifs business permet de concentrer les efforts de développement là où ils auront le plus d’impact.

Il est essentiel de créer des parcours de formation différenciés selon les rôles, des scientifiques aux équipes réglementaires, en passant par les fonctions commerciales et opérationnelles. La formation doit s’appuyer sur des cas d’usage concrets plutôt que sur des concepts génériques autour de l’IA.

Une montée en compétences structurée réduit l’anxiété et limite la surcharge cognitive. Elle envoie un signal clair : l’adoption de l’IA est pensée, structurée et pilotée avec intention.


 
La montée en compétences en action : des pilotes isolés à l’expérimentation transverse 

Dans de nombreuses organisations, l’IA ne se limite plus à des pilotes spécialisés. Des équipes transverses testent désormais comment les outils intelligents s’intègrent dans les workflows réels.

Les sprints d’innovation se concentrent aujourd’hui sur des enjeux opérationnels concrets, comme l’accélération de la découverte de médicaments ou la réduction de la charge liée à la conformité. Les équipes scientifiques, d’ingénierie, réglementaires et commerciales collaborent pour tester des idées en situation réelle. La valeur repose autant sur une compréhension partagée que sur la solution elle-même.

Merck KGaA a lancé un hackathon dédié à l’IA agentique en collaboration avec AWS et NASSCOM pour explorer des cas d’usage concrets. Pfizer a organisé un AI Festival afin de faire émerger des idées à l’échelle de l’organisation, tandis que Novo Nordisk a mis en place des hackathons d’ingénierie pour renforcer ses capacités digitales. L’IA s’intègre progressivement dans les modes d’apprentissage et de collaboration internes

Lorsque l’expérimentation est ancrée dans le travail réel, la confiance progresse. Les équipes identifient plus clairement où la technologie crée de la valeur et où elle nécessite encore des ajustements. L’intégration devient alors un processus structuré, auquel les collaborateurs contribuent activement. 

 
Comment les RH peuvent créer une main-d’œuvre hybride prête pour l’IA dans les Life Sciences 

Même avec des efforts ciblés de montée en compétences, les écarts en matière de compétences IA ne se comblent pas du jour au lendemain. Dans des domaines spécialisés comme le déploiement de modèles, la data engineering ou la gouvernance de l’IA, la demande dépasse souvent les capacités de développement interne.

Pour les équipes RH, la question devient alors la suivante : comment maintenir le rythme de transformation tout en construisant une capacité durable et en préservant la confiance des équipes ?


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Les données de la WEC montrent que 85 % des dirigeants des Life Sciences considèrent le recours à des talents externes spécialisés comme un levier efficace pour diffuser les compétences au sein des équipes permanentes. Par ailleurs, 29 % font appel à ces profils pour accéder à des compétences digitales spécifiques difficiles à recruter en interne, et 25 % anticipent de s’appuyer davantage sur des talents flexibles pour soutenir l’innovation et le déploiement de l’IA.

Lorsqu’ils sont intégrés de manière réfléchie, les experts externes permettent d’accélérer les projets et de partager une expertise opérationnelle concrète, tandis que les équipes internes apportent la continuité et la connaissance du contexte.

Le rôle des RH est de s’assurer que cette collaboration renforce progressivement les compétences internes, afin que la flexibilité à court terme devienne un véritable levier de performance durable.

 
Comment maintenir l’engagement des équipes tout en évitant la surcharge cognitive 

L’adoption de l’IA échoue lorsque les collaborateurs se sentent submergés et incertains.
Multiplication des outils, nouvelles attentes, évolution des workflows… l’ensemble peut rapidement devenir difficile à gérer.

Les RH ont un rôle clé pour éviter cette surcharge, en mettant en place des actions concrètes qui facilitent l’appropriation.

 

1. Mettre en place un cadre d’adoption de l’IA piloté par les RH 

L’adoption de l’IA est avant tout une transformation organisationnelle. Les RH doivent travailler en étroite collaboration avec les équipes IT et métiers pour co-construire des feuilles de route intégrant la conduite du changement dès le départ.

Cela implique une communication claire sur les parcours de montée en compétences, une transparence sur l’évolution des rôles et une responsabilité clairement identifiée dans la gestion de la transition.

Les RH doivent également suivre les signaux de burn-out en parallèle des indicateurs d’adoption, afin d’ajuster le rythme si nécessaire. À mesure que les organisations s’appuient sur des plateformes intelligentes, il devient essentiel de clarifier la manière dont le travail est structuré et piloté.


2. Structurer la gouvernance des outils 

Déployer plusieurs outils d’IA simultanément peut générer de la confusion et de la surcharge. Dans un secteur réglementé comme les Life Sciences, le choix des outils doit également répondre à des exigences de conformité strictes.

Il est essentiel de définir clairement dans quels cas l’IA apporte de la valeur et quels outils validés doivent être utilisés. Des règles claires permettent aux équipes de se concentrer et de développer une expertise réelle.

Il est également clé de favoriser une intégration de bout en bout entre les différentes fonctions : R&D, manufacturing, commercial, supply chain et conformité.


3. Valoriser les nouvelles compétences 

Si la maîtrise de l’IA devient stratégique, elle doit être reconnue dans les parcours de carrière et les mécanismes de rémunération.

Mettre en place des incitations pour les collaborateurs qui développent ces compétences et deviennent des ambassadeurs internes envoie un signal fort sur l’engagement de l’organisation.

Les gains de productivité liés à l’IA agentique et aux plateformes intelligentes doivent permettre aux équipes d’accéder à des missions à plus forte valeur ajoutée, plutôt que de créer une concurrence avec l’automatisation.


4. Concevoir des modèles organisationnels adaptatifs 

L’IA va continuer d’évoluer, et les organisations doivent évoluer avec elle. Les modèles de fonctionnement doivent intégrer des boucles de feedback permettant d’exploiter les données issues de l’IA pour ajuster à la fois les décisions business et l’organisation du travail.

Encourager l’expérimentation en conditions réelles et le partage des apprentissages entre équipes permet de diffuser les bonnes pratiques.

Lorsque l’organisation fonctionne comme un système adaptatif, l’innovation peut se déployer au rythme des avancées scientifiques, sans épuiser les collaborateurs.

 
Pourquoi les RH seront déterminantes dans le succès de l’adoption de l’IA dans les Life Sciences 

L’IA continuera d’évoluer, mais le véritable facteur différenciant résidera dans la manière dont les organisations l’intègrent et développent les compétences autour de son usage. Les données montrent à la fois une curiosité forte des collaborateurs et un sentiment d’urgence chez les dirigeants, accompagné de préoccupations réelles sur les compétences et le rythme de transformation.

Pour les équipes RH, il s’agit d’un rôle structurant. Les décisions concernant les priorités de développement, le rythme de déploiement des formations et le recours à des expertises externes détermineront si l’IA devient un levier de performance ou un facteur de surcharge pour les équipes.

Lorsque les collaborateurs comprennent comment les nouveaux outils viennent renforcer leur expertise et qu’ils disposent de parcours de développement clairs et crédibles, l’adoption devient plus fluide et plus durable.

Les organisations des Life Sciences ont déjà l’habitude de piloter des transformations complexes et réglementées avec rigueur. Appliquer ce même niveau d’exigence à l’IA, tout en investissant de manière continue dans les collaborateurs, fera la différence entre celles qui construiront une organisation agile et résiliente et celles qui verront émerger des écarts de compétences critiques.

Au final, c’est bien le leadership RH qui donnera le ton et déterminera la manière dont cette transformation se concrétise.



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